Dans l’ombre, les plumes guettent

Nombreux sont ceux qui ont une idée de livre mais ni le temps, ni la patience de se consacrer à l’écriture, ou encore les stars et demi-stars à qui un éditeur propose d’écrire leurs mémoires, mais qui n’ont aucune envie de s’astreindre à écrire plusieurs heures par jour. à l’inverse, beaucoup d’auteurs, de journalistes et de rédacteurs qui ne demandent qu’à écrire toute la journée contre rémunération. L’union serait idéale. Pourquoi ne pas les faire se rencontrer ? Tout le monde y gagnerait.

Naturellement, le nom qui serait mis en avant ne sera pas celui du gratte-papier, qui restera dans l’ombre, à travailler sans gloire. Un peu comme un esclave, quoi. Au dix-neuvième siècle, on appelait ces écrivains anonymes des nègres.

Le plus célèbre des « nègres », c’est Auguste Maquet, qui aurait écrit une bonne partie des oeuvres de Dumas (http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20100210.BIB0489/auguste-maquet-portrait-d-039-un-negre.html). Les premiers livres de Colette ont également été signés du nom de son mari, Willy, une célébrité à l’époque. La profession existe encore.

Reste le mot, gênant, dépassé : « nègre ». Les anglophones parlent de « ghostwriter » et n’ont donc pas la même préoccupation. Peut-on imaginer une nouvelle dénomination, qui reste claire et appropriée ?

On parlait parfois, dans l’édition, à partir du 18ème siècle, de « teinturier » : c’est celui qui donne du relief à un texte un peu plat. Le terme est joli, mais n’a pas tout à fait le même sens et ne peut donc remplacer « nègre ».

On peut penser à des expressions composées avec « plume » : oui, tout le monde écrit au clavier maintenant, mais ce n’est pas une raison. La plume, cela évoque la Littérature, des écrivains en chemise blanche, avec les cheveux poudrés, en train d’écrire des oeuvres de génie à la lumière de la bougie, dans une série de petits crissements entre la plume et le papier.

« Plume de l’ombre » : le plus proche du « ghostwriter », il montre la place discrète dévolue aux « nègres ». Les littéraires l’apprécient. Le terme évoque le secret, les romans d’aventure.

« Prête-plume » : parfois utilisé dans la presse, il évoque le porte-plume et la chanson Au clair de la lune.

« Rédacteur » : le plus business. Un homme d’affaires peut sans rougir dire à ses collègues qu’il a rendez-vous avec son rédacteur pour travailler sur son projet de livre. C’est aussi le plus sobre. Je n’ai jamais vu de contrat entre une maison d’édition et un « nègre » (j’imagine qu’il doit s’agir d’un contrat de prestation de services), mais cela semblerait le terme plus probable dans ce contexte, avec « auteur ». Le côté professionnel disparaît si l’on veut préciser l’anonymat et qu’on parle de « rédacteur masqué ». On peut se contenter d’être « rédacteur anonyme », voire « rédacteur en sous-main ».

De plus en plus, le « nègre » sort de l’ombre et son nom est cité à la page de garde du livre. Les éditeurs parlent alors de « métis ». On peut aussi se contenter du terme de « co-auteur » ou utiliser le terme extrêmement polyvalent de « collaborateur ».

Quelques liens pour en savoir plus :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Nègre_(littérature)

http://www.lalettrine.com/article-18490632-6.html

http://www.lexpress.fr/culture/livre/les-negres-de-l-edition-s-affranchissent_849507.html

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A quill is lurking in the shadow…
Many people have a book idea, but not all of them have the time or the desire to actually sit down and write it. Many writers are willing to make a living writing. Isn’t the alliance of the two a match made in heaven?
Ghostwriting, as the process of writing a book for another is called, is a lucrative business and a common practice. “Ghostwriter” is all very well in English, but the French alternative (“nigger”) is slightly more distateful today… I suggest a few alternatives here, ranging from the literary to the technical – exploring all sorts of made-up phrases, from “penning in the shadow” and “mercenary penning” to the more self-explanatory “co-author” and “collaborator”.

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Une piuma fa la guardia nell’oscurità…
Gli inglesi dicono “ghostwriter” o “scrittori fantasma”, gli francesi dicono “scrittori negri”: Che politicamente incoretto! Probo di trovare alcuni sinonimi, tra fantasia letteraria e serio d’affari.

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